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Dim. 20 février 2011.


13h20. Beaumont Hospital, chambre 305 du 3e étage. Johanna est assise sur le bord du lit de son père. C’est enfin les vacances, elle peut désormais se permettre de passer ses journées avec son père. Elle parle et il écoute.


-    Sallie passe tous les jours faire le ménage, alors que c’est pas vraiment la peine, tu vois. Je ne vais presque plus à la maison, vu que c’est les vacances. Tu sais que c’est les vacances, papa ? Bref, je lui ai dit de ne passer qu’une fois par semaine, comme ça, elle viendra vraiment pour quelque chose. Je pense. Tu crois pas, papa ? D’ailleurs, la télé du salon ne marche plus. Il faudra la faire réparer, ou même la changer. Elle commence à dater, tu sais. Ca doit faire quoi, 5 ans qu’on l’a ? Peut-être 6 même. Papa ? Papa ? Johanna secoue un peu son père. Il s’est endormi. Tant mieux, le pauvre a une mine vraiment affreuse, il est méconnaissable. Il a du perdre 20kg au moins. Bon, je vais profiter de ta petite sieste pour aller me prendre un petit café, je reviens vite ! dit-elle, même si elle sait qu’elle parle dans le vide.


Mais avant qu’elle ne se lève du lit, elle sent une main tenter faiblement de la retenir. Il essaie difficilement de parler, d’articuler.
-    J’allais prendre un café. Tu as faim ? Tu as soif ? demande t-elle, avec une lueur d’espoir en attrapant la petite bouteille d’Evian près du téléphone.  Depuis deux jours, John McBrown ne mange plus et ne boit presque plus.
-    Non, je, je crois que, que… Je crois que c’est fini, qu’il tente désespérément de lui dire.
-    Papa, je comprends pas. Je vais appeler une infirmière, d’accord ? Ne t’inquiète pas.
John ne s’inquiète pas pour lui, oh non. Il s’inquiète pour sa fille. Car il sent bien qu’il ne va pas tarder à partir, à s’envoler. À rejoindre le ciel. Il s’inquiète tellement pour elle, son petit ange. Va-t-elle réussir à se débrouiller seule ? Par ses propres moyens ? Il l’espère, il y croit. Il croit en elle. Après tout, il l’a habitué depuis petite à ne faire confiance qu’à soi-même et à ne compter sur personne. Le départ de sa mère, Marianne, ayant profondément fragilisé la jeune fille, âgée de 6 ans à l’époque. Il y a encore trois jours, il essayer de la réconforter en lui disant qu’il veillerait sur elle, de là haut. Mais sera-t-il vraiment le cas ?
-    Papa, papa, je suis là ! Regarde, les docteurs vont t’aider.
Johanna tient fermement la main de son père, qui est d’une froideur effrayante. Mais l’infirmière et le docteur ne font rien. Ils ne bougent pas d’un centimètre. Son heure était pour bientôt, tout le monde le savait. Et rien n’aurait pu le guérir, c’était déjà trop tard lorsqu’ils ont découvert son cancer. Le malade respire une dernière fois, dans un dernier souffle, tout l’oxygène dont il est capable. Il pousse son dernier soupir, avant que l’imposante machine n’émette un long bip.
-    Heure du décès ? demande calmement le médecin, tandis que Johanna tient encore son père, essayant de s’y accrocher comme si elle retenait sa vie.
-    14h03, prononce l’infirmière.

###


15h15. Après une dernière étreinte avec son ex-colocataire, Mackenzie quitte définitivement le petit appartement, laissant Hayden dans une sorte de bulle de solitude. Oui, elle se sent très seule à ce moment là. Avec qui va-t-elle regarder des films d’horreur toute la nuit, avec qui va-t-elle pouvoir regarder Pretty Little Liars en faisant des commentaires à chaque nouvelle scène, avec qui va-t-elle faire une bataille de poireaux ou encore se teindre les cheveux en violet et faire des photos ? Mackenzie était devenue une véritable amie, voir même une sœur. La sœur rêvée qu’Hayden n’avait jamais eu. Et oui, la nature l’avait uniquement gâtée (est-ce bien le qualificatif à employer… ?) d’un grand frère chiant, débile et qui ne connaissait pas la définition du verbe « s’amuser ».


Elle avait en revanche une bonne nouvelle : l’annonce avait était postée le matin même et pourtant, déjà un appel ! Hayden priait pour avoir des colocataires (filles, bien sûr, car les hommes sont des êtres qui ne savent ni utiliser un aspirateur, ni faire cuire des pâtes, ni rabaisser la cuvette des wc ou même nettoyer les poils de la douche) amusantes et avec une bonne pêche. Car la mauvaise humeur du matin (à part les lendemains de soirées…), non merci !

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